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Risques liés au ciment

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Dossier Toxicologie

Risques liés au ciment : de l’allergie… au cancer ?

Gérard Lasfargues, professeur en médecine du travail

  
Barème indicatif d’invalidité : affections causées par les ciments

Abondamment utilisés dans le BTP, les ciments peuvent être à l’origine d’atteintes respiratoires, oculaires ou cutanées. Ceux-ci contiennent notamment, à des niveaux variables, du chrome VI, une substance allergène… et cancérogène. Plusieurs pays européens ont déjà modifié la composition de leurs ciments pour limiter leur concentration en chrome VI. La France, elle, y réfléchit!

Depuis leur invention en 1817, les ciments n’ont pas connu d’évolution majeure dans leur mode de fabrication et dans leur composition. Or, c’est précisément de cette dernière que découlent les principaux risques pour la santé liés à leur utilisation. Matériau de base pour la construction, le ciment contient en effet des substances qui peuvent être à l’origine de diverses pathologies.

Qu’est-ce qu’un ciment?

Un ciment courant est constitué principalement de clinker. Le clinker est le produit de la combustion à très haute température (entre 1200 °C et 1400 °C) d’un mélange de calcaire broyé (80%) et d’argile réduit en poudre (20%). Il se présente sous la forme d’une poudre de fins granules. Ces granules sont composés principalement de silicates et d’aluminates de calcium et de petites quantités de chaux libre. Mais on trouve aussi, à titre d’impuretés, des tra ces de différents mé taux, comme le chrome, le nickel et le cobalt. Mé langés avec un liquide, les granules forment une pâte liante. L’ajout de sable permet d’obtenir un mortier et l’ajout de fragments de roche, du béton. Par ailleurs, des additifs et adjuvants à faible dose (inférieure à 5% de la masse du ciment) sont de plus en plus utilisés dans la formulation des bétons, mortiers et coulis, afin de leur conférer des propriétés particulières: accé lérateurs de prise, résines époxydiques, ma tières plastiques anticorrosives, agents bactéricides, soude caustique…

Irritations et allergies

Les principaux risques décrits pour l’homme sont reconnus en maladie professionnelle dans le cadre des tableaux 8 du ré gime général et 14 du ré gime agricole. Il s’agit d’at teintes oculaires (con jonc tivites, blépharites) et d’atteintes de la peau. Le ciment est ainsi le premier agent causal de dermatites de contact chez les employés de la cons truction, même si la sous-déclaration est impor tante, comme pour les dermatoses professionnelles en général.

Ces atteintes oculaires ou de la peau proviennent soit d’irritations liées aux propriétés alcalines et abrasives du ciment, soit de réactions allergiques. Les allergènes les plus classiques du ciment sont: le chrome, en particulier sous sa forme hexavalente soluble (chrome VI); le cobalt, le plus souvent en association avec le chrome; enfin, les résines époxydiques. En outre, les ciments contiennent des particules susceptibles d’atteindre les alvéoles pulmonaires. Le risque respiratoire est bien présent et des augmentations significatives de fréquence de symptômes de bron chite chronique ont été observées dans les cimenteries, surtout en cas de fort empous sièrement.

Etiquetage obligatoire

La directive européenne 2001/60/CE du 7 août 2001 prévoit que les ci ments et préparations de ciments dont la teneur enchrome VI est supérieure à 0,0002% du poids sec total du ciment doivent porter l’indica tion: « Contient du chrome VI. Peut déclencher une réaction allergique. » Sauf si la préparation est déjà classée comme sensibilisante et s’accompagne de la phrase R43: « Peut créer une sensibilisation par contact avec la peau. » C’est habituellement le cas en France pour l’étiquetage des ci ments, qui comporte en outre le symbole de danger Xi (produit irritant) et les phrases de risque R36, R37 et R38: « Irri tant pour les yeux, les voies respiratoires et la peau. »

Un risque cancérogène?

Compte tenu de la pré sence de chrome VI – responsable de cancers broncho-pulmonaires lors de la fabrication et du conditionnement des chromates et du chromage électrolytique -, la question du risque cancérogène des ci ments se doit d’être posée. Le chrome VI est classé dans le groupe 1 (cancérogène certain pour l’hom me) du Circ et dans la catégorie 2 de la classification de l’Union euro péenne, ce qui suppose un étiquetage mentionnant les phrases de risque R45 ou R49 (risque de cancer) si la concentration dé passe le seuil de 0,1%. Or, la concentration de chrome VI dans les ci ments est variable suivant les études, les méthodes d’analyse utilisées et les réglementations des différents pays. Ainsi, dans les pays scandinaves, la ré glementation impose une teneur en chrome VI des ci ments qui ne doit pas dépasser 2 mg/kg (2ppm). Dans d’autres pays, des taux plus importants sont rapportés (10 à 35 ppm). Les taux de cobalt sont également variables, de 8,1 mg/g à 14,2 mg/g de ciment. Même si les études épidémiologiques actuelles ne permettent pas de conclure à un excès de risque cancéro gène, notamment cutané ou pulmonaire, chez les salariés exposés aux ci ments, il convient d’être prudent et d’identifier pré cisément les composants des ci ments ou dé rivés lors de l’évaluation des risques liés à leur utilisation.

Des solutions de prévention

Des moyens efficaces existent pour assurer une bonne prévention des risques. L’utilisation de procédés générant un empoussière ment fai ble, avec une protection collective adéquate des salariés lors de l’exposition aux ciments secs, li mite le risque res pira toire. Malheureu se ment, les gants ou crèmes barrières restent souvent le seul moyen de protection lors de situations de travail non automatisa bles, telles que l’application ma nuelle de produits ci mentés. En revanche, il est possible actuellement d’éviter la présence ou de réduire la concentration de composants à risque cancérogène, comme le chrome VI. Ainsi, l’ajout de sulfate ferreux, qui per met de réduire le chrome VI en chrome III, beaucoup moins à risque, a été adopté depuis longtemps par plusieurs pays euro péens, notamment l’Allemagne et les pays scandinaves.

La France, si elle étudie cette solution, ne l’a pas encore appliquée.

Gérard Lasfargues, professeur en médecine du travail

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