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Le niveau des océans inquiète

Barrière de corail Nouvelle Calédonie

« Il va de plus en plus falloir tenir compte de la hausse du niveau des océans »

  • Par Marielle Court
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«En un siècle, la mer est montée d'environ 20 centimètres du fait de la dilatation de l'eau liée au réchauffement et à la fonte des glaces du Groenland et de l'Antarctique», explique l'océanographe Laurent Labeyrie.

«En un siècle, la mer est montée d’environ 20 centimètres du fait de la dilatation de l’eau liée au réchauffement et à la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique», explique l’océanographe Laurent Labeyrie. Crédits photo : dr 

 

INTERVIEW – Laurent Labeyrie est océanographe, ancien directeur de recherche au CNRS. Spécialiste des changements climatiques, il a collaboré aux rapports du Giec et vient d’écrire un livre aux Éditions Odile Jacob : «Submersion, comment gérer la montée du niveau des mers».

 

LE FIGARO. – La hausse du niveau des océans a-t-elle un impact en période de grande marée?

Laurent LABEYRIE. -La hausse du niveau des océans est un facteur dont il va de plus en plus falloir tenir compte. Ce sera un autre phénomène amplificateur les jours de grande marée à ajouter à la géographie des lieux et, bien sûr, à la météorologie. En un siècle, la mer est montée d’environ 20 centimètres du fait de la dilatation de l’eau liée au réchauffement et à la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique. Et non seulement la hausse continue, mais elle s’accélère.Quelles vont en être les conséquences?

Les marées dites du siècle interviennent de façon cyclique, environ tous les vingt ans. Entre les deux, les coefficients sont plus faibles et l’impact de la hausse du niveau des mers est moins visible. Mais lorsqu’on retrouvera les coefficients les plus élevés lors des prochaines marées du siècle, dans les années 2030, les effets seront alors beaucoup plus forts et les risques de submersion beaucoup plus importants.

«Pour des questions d’économie, on a construit des ports pour la plaisance de 30 ou 40 centimètres plus bas qu’auparavant. Résultat, les commerçants sur les quais sont régulièrement inondés»

Ces risques sont liés avant tout au fait que de plus en plus de gens habitent sur les côtes…Cette urbanisation des bords de mer s’est beaucoup développée à partir des années 1970. Ceux qui en avaient la possibilité se sont installés en hauteur, dominant la côte, les autres en bord de mer, dans les zones les plus sensibles. C’est aussi pour des questions d’économie qu’il y a trente ou quarante ans, on a construit des ports pour la plaisance de 30 ou 40 centimètres plus bas qu’auparavant. Résultat, les commerçants sur les quais sont régulièrement inondés et s’en plaignent amèrement.

Les mesures prises aujourd’hui pour tenter de protéger les plages sont-elles efficaces?Nos sociétés font tout le temps le choix d’investissements à court terme. Mais, au long cours, ils se révèlent plus onéreux et moins rentables que si dès le départ on avait fait des investissements plus importants. Typiquement, les communes installent des épis – des protections placées perpendiculairement à la côte – dont l’objectif est de freiner la houle et le transport de sable. Cela marche un temps jusqu’à ce qu’il y ait une grosse tempête qui brasse des milliers de tonnes de sable et arrache tout. Les enrochements pour casser les vagues au pied des dunes étaient également très à la mode il y a une dizaine d’années. Et puis on s’est rendu compte que les dégâts étaient pires lorsqu’une vague plus puissante passait par-dessus, provoquant une érosion encore plus importante et déplaçant les rochers.Quelles sont les solutions ?

Il faudrait que les collectivités évitent de trop se fier aux solutions techniques peu onéreuses, mais également peu efficaces et provisoires. Les crises nous permettent d’avancer, mais faisons en sorte de penser à une échelle d’au moins cinquante ans. On sait faire, encore faut-il le vouloir.

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